Le changement climatique affecte les principaux secteurs économiques, sociaux et environnementaux de la République centrafricaine. La CDN 3.0 distingue ainsi les secteurs particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique et ceux qui présentent des possibilités importantes de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de renforcement des absorptions.
Cette rubrique présente, pour chaque secteur, les principales informations disponibles sur l’état de référence, les risques climatiques, la vulnérabilité, les enjeux et priorités d’action, ainsi que les mesures d’adaptation et/ou le potentiel de réduction des émissions.
Secteurs prioritaires pour l’adaptation
L’adaptation vise à réduire la vulnérabilité des populations, des écosystèmes, des infrastructures et des activités économiques face aux effets actuels et futurs du changement climatique.
Selon la CDN 3.0, les principaux domaines concernés sont :
Agriculture et élevage
L’agriculture constitue un secteur particulièrement vulnérable au changement climatique en raison de sa forte dépendance aux conditions pluviométriques et de son importance pour les revenus et la sécurité alimentaire des populations.
Les principaux risques identifiés sont la variabilité des précipitations, la baisse des rendements, les sécheresses, les inondations et la perturbation des saisons agricoles. Le PSO-CC classe notamment la baisse des rendements agricoles liée à la variabilité pluviométrique parmi les risques climatiques les plus critiques pour la RCA.
La CDN 3.0 prévoit notamment l’amélioration de la productivité agricole à travers l’utilisation de variétés améliorées et d’intrants organiques. À titre indicatif, le rendement du manioc, établi à 3,4 t/ha en 2025, doit atteindre 6,35–6,61 t/ha en 2030 et 11,06–11,76 t/ha en 2035. Pour l’arachide, la référence de 1,2 t/ha doit évoluer vers 2–2,5 t/ha en 2030 et 4,45–6,2 t/ha en 2035.
Ressources en eau
Les ressources en eau sont exposées à une évolution de la disponibilité et de la qualité de l’eau sous l’effet de la variabilité climatique, des sécheresses, des fortes précipitations et des inondations.
Les principaux risques identifiés comprennent le stress hydrique, la contamination des ressources et la variabilité des débits. La réduction des débits de l’Oubangui et ses conséquences sur la navigabilité figure également parmi les risques climatiques critiques identifiés pour le pays.
Les projections climatiques indiquent par ailleurs une augmentation des températures et, selon les scénarios, une diminution des précipitations pouvant accentuer les sécheresses, réduire la disponibilité en eau et aggraver la dégradation des sols. Les épisodes de pluies intenses peuvent simultanément accroître les risques d’inondation et d’érosion.
Forêts et biodiversité
Les forêts et les écosystèmes centrafricains jouent un rôle essentiel dans la résilience du pays, la conservation de la biodiversité et la régulation du climat.
Ils sont néanmoins exposés à la déforestation, à la dégradation des écosystèmes, aux feux, à la perte de biodiversité et aux modifications des régimes pluviométriques. Le PSO-CC identifie notamment la déforestation et la perte du puits de carbone comme un risque critique à moyen terme.
Les priorités comprennent notamment la restauration des écosystèmes dégradés, la conservation de la biodiversité, la gestion durable des ressources naturelles et le renforcement de la résilience des communautés dépendantes des ressources forestières.
Aménagement du territoire, habitat et infrastructures
Les infrastructures et l'habitat sont particulièrement exposés aux épisodes de pluies intenses, aux inondations et aux événements climatiques extrêmes.
Les principaux impacts concernent notamment la dégradation des routes, les dommages aux ponts et aux infrastructures sociales, l’isolement des communautés et les coûts élevés de reconstruction.
La CDN 3.0 prévoit notamment de renforcer la planification urbaine et territoriale, d’améliorer la résilience de l’habitat et de développer des ouvrages hydrauliques urbains tels que les caniveaux, bassins de rétention et pompes de relevage.
Santé
Le changement climatique exerce des pressions croissantes sur la santé publique, notamment à travers l’évolution des températures, les inondations, les maladies hydriques et l’évolution des conditions favorables à certaines maladies.
Le PSO-CC identifie notamment l’expansion du paludisme, les maladies hydriques, la malnutrition et le stress thermique parmi les principaux risques affectant le secteur de la santé. Les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et les personnes âgées figurent parmi les populations particulièrement vulnérables.
La CDN 3.0 prévoit notamment la réalisation d’évaluations de vulnérabilité du secteur de la santé et de la nutrition et la mise en place progressive d’un système conjoint d’alerte précoce climat-santé.
Énergie
Le secteur énergétique est à la fois concerné par les enjeux d’adaptation et d’atténuation. En matière d’adaptation, la résilience du système énergétique et la réduction de la vulnérabilité des populations aux variations de disponibilité de l’énergie constituent des enjeux importants.
La CDN 3.0 prévoit notamment le développement de solutions décentralisées, telles que les mini-réseaux solaires et les systèmes photovoltaïques domestiques, ainsi que l’électrification rurale. Le taux d’accès à l’électricité en milieu rural est estimé à 2 % en 2025, avec des cibles de 7,2 % en 2030 et 10,7 % en 2035.
Secteurs d'intérêt pour l'atténuation
L’atténuation vise à réduire les émissions de GES et à renforcer les capacités de séquestration du carbone.
La CDN 3.0 s’appuie notamment sur cinq secteurs pour le suivi des émissions : Énergie, Agriculture, Foresterie et autres utilisations des terres (FAT), Procédés industriels et utilisation des produits (PIUP) et Déchets.
En 2022, les émissions nationales étaient estimées à 3 986 GgCO₂-éq. L’agriculture représentait environ 75 % des émissions, suivie par le secteur FAT avec 737 GgCO₂-éq, l’énergie avec 5,21 %, les PIUP avec 0,99 % et les déchets avec moins de 0,34 %.
Agriculture
L’agriculture constitue le principal secteur émetteur de GES en RCA. Les principales sources d’émissions identifiées sont notamment la fermentation entérique du cheptel et le brûlage des résidus agricoles.
Les actions d’atténuation peuvent notamment porter sur l’amélioration des pratiques agricoles, l’agroforesterie et l’augmentation de la capacité de séquestration du carbone des systèmes agricoles.
Foresterie et autres utilisations des terres (FAT)
Le secteur FAT occupe une place stratégique dans l’action climatique de la RCA. Les émissions sont principalement liées aux feux de savane et aux changements d’affectation des terres, notamment la conversion des forêts en terres agricoles ou en pâturages.
En parallèle, les forêts constituent un important puits de carbone. En 2022, le secteur FAT affichait une absorption nette estimée à –394 624 GgCO₂-éq.
Les principales orientations concernent notamment la lutte contre la déforestation et la dégradation des forêts, la restauration des terres dégradées, la promotion de l’agroforesterie et la gestion durable des ressources forestières.
Énergie
Le secteur de l’énergie représente une part relativement faible des émissions nationales, mais ses émissions devraient augmenter avec la croissance de la demande énergétique.
Dans le scénario tendanciel de la CDN 3.0, les émissions du secteur passent de 292 GgCO₂-éq en 2025 à 374 GgCO₂-éq en 2035. La forte dépendance au bois-énergie et aux combustibles fossiles constitue un enjeu majeur de décarbonation.
Les principales possibilités d’atténuation concernent notamment la modernisation de l’énergie domestique, la substitution progressive du bois-énergie, le développement des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique.
Procédés industriels et utilisation des produits (PIUP)
Le secteur PIUP représente une part limitée des émissions nationales, en raison notamment de la faible intensité industrielle du pays.
La CDN 3.0 prévoit notamment des mesures portant sur la réduction des émissions associées à l’utilisation des gaz fluorés, avec la promotion d’équipements plus efficaces et d’alternatives aux gaz fluorés. La substitution progressive des HFC par des réfrigérants naturels ou à très faible potentiel de réchauffement global constitue également une piste identifiée.
Déchets
Le secteur des déchets représente actuellement une faible part des émissions nationales, mais son importance pourrait augmenter avec la croissance urbaine.
La situation actuelle est caractérisée notamment par les décharges à ciel ouvert, le brûlage non contrôlé et l’absence de filières structurées de valorisation. La CDN 3.0 souligne toutefois que certaines solutions d’atténuation ne sont pas encore adaptées aux capacités techniques et institutionnelles actuelles du pays.
Les priorités immédiates concernent donc notamment la sécurisation de la chaîne de gestion des déchets, le renforcement des capacités municipales et l’amélioration des systèmes de collecte et de traitement.