Contexte
La République centrafricaine (RCA), un pays peu peuplé, enclavé au cœur du continent africain avec une superficie de 623.000 km2, figure parmi les plus pauvres et les plus fragiles du monde malgré sa richesse en ressources naturelles (470 indices miniers, avec le pétrole, l'or et les diamants comme principaux potentiels). Pays cerné par le Cameroun, le Tchad, les deux Congo et les deux Soudan, la RCA vient de passer plus de deux décennies de crises.
Avec une population de plus de 6 millions d’habitants, la RCA se classe au bas des Indices du capital humain et du développement humain. Les Institutions sont faibles, les citoyens ont un accès insuffisant aux services de base, le manque d'infrastructures est sévère, la violence basée sur le genre est généralisée et le tissu social s’est détérioré. Bien que doté de vastes forêts et d’un important potentiel agricole, seuls 5% des 15 millions d’hectares de terres arables sont actuellement exploités.
Contexte politique
La République centrafricaine est un pays fragile. Les cycles de violences sont profondément enracinés en raison, notamment, (i) du manque de cohésion sociale, (ii) de la concentration du pouvoir politique entre les mains d'un petit groupe d'élites, (iii) des disparités sociales et régionales (iv) de l'accaparement et la mauvaise gestion par l'élite des ressources naturelles, et (v) d’un état d'insécurité durable alimenté par un système régional de conflit.
Les élections groupées de décembre 2020 ont vu la réélection du Président Faustin Archange Touadera. Le parti au pouvoir MCU (Mouvement Cœurs Unis) du Président domine l’Assemblée nationale et le paysage politique.
La MINUSCA, force de maintien de la paix de l'ONU composée de plus de 15 000 hommes, est présente dans le pays depuis 2014 avec comme mandat principal de protéger la population de la RCA. Après le départ des troupes françaises en 2016, la RCA reçoit également un soutien militaire bilatéral de la Russie et du Rwanda.
L’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation (APPR-RCA), signé en février 2019 avec 14 groupes armés, continue de servir de feuille de route pour la recherche de la paix et la stabilité à long terme, même après que les groupes armés liés à la CPC ont quitté l'accord en décembre 2020.
Situation économique
- L’activité économique a ralenti en 2021 pour la deuxième année consécutive, en raison du prolongement des effets de la COVID-19 sur l’économie mondiale, et de la détérioration du contexte sécuritaire au lendemain des élections de 2020. La croissance du PIB réel est estimée à 0.9 % en 2021, inchangée par rapport à 2020. La croissance économique pourrait se redresser à moyen terme, soutenue par des niveaux de production agricole et industrielle, à condition que la situation sécuritaire s’améliore ;
- Les principaux défis restent (i) le retour de la paix et de la sécurité de manière durable, et (ii) la mise en œuvre d’un agenda de réformes ambitieux pour favoriser une reprise économique à long terme, une croissance économique plus inclusive, une gestion saine et prudente des finances publiques, la diversification économique, la création de meilleurs emplois, l’amélioration du capital humain, la promotion et l’amélioration de l’environnement des affaires, et le renforcement des capacités du monde agricole.
Situation sociale et enjeux de développement
La RCA demeure l'un des pays les plus pauvres au monde avec de nombreux défis à relever sur le plan du capital humain. Elle se place à la 188ème place sur 189 du classement de l’Indice de développement humain et on estime qu’environ 71 % de la population vivait en dessous du seuil international.de pauvreté.
- Près de 664.000 personnes sont encore déplacées à l'intérieur du pays tandis que 735.000 réfugiés centrafricains demeurent dans les pays voisins (données du HCR au 15 février 2022). Selon les estimations, en 2022, 3,1 millions de Centrafricains, soit plus de la moitié de la population du pays, devraient avoir besoin d'une aide humanitaire., Le gouvernement centrafricain et le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) ont officiellement lancé un Plan de réponse humanitaire de 461,3 millions de dollars pour l'année 2022 ;
- La mortalité maternelle est l'une des plus élevées au monde (882 pour 100 000 naissances vivantes), tandis que le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans est le sixième plus élevé au monde (116 enfants sur 1000) (UNICEF, 2020).
- La RCA fait partie des pays qui affichent les plus faibles indicateurs d’instruction et d’égalité homme-femme. La faible qualité de l'enseignement primaires et le manque d’enseignement secondaire pour les filles, ainsi que les nombreuses violences à l'égard des femmes et des filles, constituent un défi urgent pour le pays ;
- L'espérance de vie moyenne est de 53 ans. 40 % de la population souffre de malnutrition chronique alors que taux de fécondité reste élevé avec de 6,4 enfants par femme.
Stratégie
Après deux guerres civiles en 2012 et 2013 qui ont laissé le pays dévasté et la population traumatisée, une transition en 2015 a abouti à l'adoption d'une nouvelle constitution et à la tenue d'élections démocratiques en 2016.
Cette période a également marqué le début d'un engagement fort de la Banque mondiale et de la communauté du développement au sens large, dans l'espoir d'apporter la paix et la stabilité à long terme en RCA. Depuis 2016, la Banque mondiale, principalement à travers l'IDA, a approuvé plus de 900 millions de dollars de financement.
L’action de la Banque mondiale en Centrafrique pour les cinq prochaines années (2021- 2025) a été déterminée par un cadre de partenariat qui, prenant l'autonomisation des femmes et le développement numérique comme priorités transversales, s’articule autour de deux axes:
- Le développement du capital humain et de la connectivité pour renforcer la stabilité, l’inclusion et la résilience ;
- Le renforcement de la gestion économique et de la gouvernance?pour asseoir la légitimité de l’État et stimuler la croissance.
Le cadre de partenariat est aligné sur les priorités du gouvernement à travers le Plan national de relèvement et de consolidation de la paix (RCPCA) dans son RCPCA.
En juin 2020, la République centrafricaine a bénéficié d'une allocation de redressement sur trois ans, qui est mise à la disposition par l'IDA aux pays fragiles qui font preuve d'un engagement continu en faveur de la paix et de la stabilité à long terme.
Au 9 septembre 2022, la Banque mondiale détient un portefeuille de 20 projets pour un total de 837 millions de dollars US. Le portefeuille couvre des projets qui visent à améliorer la prestation de services dans des secteurs clés tels que l'éducation, la santé, l'énergie et l'eau ; soutenir la stabilisation et la pacification du pays ; reconstruire les infrastructures critiques ; et, pour améliorer la gouvernance, soutenir les réformes essentielles et renforcer la gestion des finances publiques.
Résultats
Grâce au Projet d’urgence de rétablissement des services publics qui remet sur pied les systèmes de rémunération des fonctionnaires et de gestion opérationnelle des finances publiques :
- plus de 17 000 fonctionnaires en ont bénéficié ;
- le délai entre la date prévue de la paie et la date effective a été ramené de 30 à 13 heures (pour un objectif de 10 heures) ;
- en 2015, le pourcentage du personnel des douanes ayant repris le travail est passé de 10 à 86 % et celui des enseignants et du personnel de santé ayant repris le travail dans les districts sécurisés a augmenté de 0 à 89 %.
Sécurité, rétablissement de l’administration et des infrastructures
Vaste projet de travail contre rémunération, le projet Londo vise à consolider la paix et à favoriser la cohésion sociale et l’activité économique en organisant des travaux publics à forte intensité de main-d’œuvre :
- Dans les 71 districts du pays plus de 41 400 bénéficiaires vulnérables (dont 38 % de femmes) ont obtenu un emploi temporaire sur un chantier ;
- Plus de 2.460 km de routes rurales ont été réhabilités ouvrant l’accès aux marchés et services essentiels.
Grâce au projet de fourniture de services et de soutien aux communautés touchées par les déplacements (PACAD) :
- 15 872 ménages vulnérables des zones sensibles de Bambari, Bangassou, Kaga-Bandoro et Paoua reçoivent des transferts monétaires.
Avec ses travaux publics à forte intensité de main-d'œuvre, le projet d’urgence de connectivité locale a :
- fourni des emplois temporaires à 10 037 bénéficiaires, dont 27 % de femmes pour réaliser 32 000 mètres de bas-côtés et entretenir 333 kilomètres de routes ;
- réalisé 116 conduites de drainage ; 12 ponts ont été remis en état et 12 barrières anti-inondation ;
- établi 14 unités d'entretien le long de la route ;
- réhabilité et rééquipé 2 bureaux locaux du ministère des Travaux Publics et de l'Entretien Routier ;
- entretenu 333 km de routes rurales ;
- construit le pont de Bamingui (portée de 45 m), achevé en mai 2019.
Dans le cadre du Projet d’Urgence de Rétablissement des Infrastructures et de la Connectivité (PURIC) :
- environ 1 690 km de routes rurales seront réhabilités;
- près de 150 000 hommes-jours de travail seront créés grâce aux Travaux publics à forte intensité de main-d'œuvre (LIPW).
- 80 infrastructures sociales de base seront construites ou amélioré par le projet
Renforcement du capital humain
Grâce au projet d’appui au système de santé :
- environ 1 119 000 personnes ont reçu des soins médicaux gratuits ;
- 5 hôpitaux de district ont un service VBG intégrés ;
- plus de 282 000 femmes enceintes ont bénéficié d’au moins 4 visites de soins prénatals ;
- plus de 144 000 femmes ont bénéficié d'accouchements assistés par du personnel de santé qualifié.